Jos Montferrand : roi des forêts de l’Outaouais

Un soir en 1829, en sortant d’une taverne dans le Bytown, Jos Montferrand aurait affronté 150 Irlandais (Shiners). En revenant chez lui à Hull, alors qu’il était le dernier à traverser le pont Union (maintenant des Chaudières), un groupe de fiers-à-bras l’attendait. Comme le pont payant venait de fermer, il n’a eu d’autres choix que de les affronter. On raconte qu’il a pris le premier par les jambes pour s’en faire une masse. Il a jeté ses assaillants un à un dans la rivière, jusqu’à ce qu’ils se sauvent tous. Légende ou réalité? Reste que la bataille du pont Union a scellé la réputation de surhomme.

Figure légendaire la plus connue du Canada français, Jos Montferrand est originaire de Montréal ou il y a appris la boxe anglaise. Doté d’une grande habileté, d’une taille imposante et d’un caractère fort, il a rapidement gravi les échelons dans l’industrie forestière en Outaouais. De bûcheron à draveur, il est devenu contremaître de chantier et maitre de cages.

« On l’appelait le roi des forêts, explique Michel Prévost, archiviste en chef de l’Université d’Ottawa et président de la Société d’histoire de l’Outaouais. Très tôt, les barons francophones le choisirent pour diriger les camps des bucherons. On l’appelait aussi le roi de la rivière des Outaouais, car cela prenait un homme avec une imposante stature, un talent et un caractère fort pour diriger les cageux. Il fallait leur tenir tête par exemple pour convaincre les hommes de quitter les tavernes et poursuivre leur chemin jusqu’à Québec. »

Les grands exploits réalisés de cet homme fort en Outaouais sont racontés au fil des années dans les tavernes et dans les camps de bûcherons. La tradition orale et les écrits distribués par des compagnies forestières font circuler sa légende à travers les forêts, de Terre-Neuve à la Colombie-Britannique.

Jos Monterrand a fait sa marque dans la toponymie québécoise et gatinoise. En 1978, le gouvernement du Québec a nommé le palais de justice, situé au 170 rue de l’Hôtel-de-Ville, en son honneur. Des juges d’alors étaient offusqués que cet édifice porte le nom d’un « pilier des tavernes ». « Cette image fausse de lui a longtemps circulé, relate M. Prévost. Quand il arrivait dans une taverne, on lui demandait de toucher le plafond de son talon. À l’époque les plafonds n’étaient pas hauts, alors ce grand gaillard de 6 pieds 4 y arrivait sans peine chaque fois, notamment à l’Hôtel British à Aylmer. Une rue à Québec, un Parc à Montréal et une rue dans le nouveau projet Zibi à Gatineau portent également son nom.

Michel Prévost est une riche ressource pour toute personne s’intéressant à l’histoire de l’Outaouais. Il est d’ailleurs un fier lointain cousin de Jos Montferrand, du côté de sa mère. Il a réalisé une impressionnante liste de publications sur l’Outaouais. Cliquez ici pour la découvrir.

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